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8e Forum Européen de l’Accessibilité Numérique

Hier s’est tenue à la Cité des Sciences et de l’industrie de Paris, la 8e édition du Forum Européen de l’Accessibilité Numérique. Vous trouverez ci-dessous un compte-rendu des conférences auxquelles j’ai assisté.

Préambule

Ce forum, organisé par l’association BrailleNet et la Cité des Sciences, réunit des spécialistes de renom et des participants issus du monde professionnel et associatif. L’ambition de ce joyeux petit monde est simple : développer des services et contenus numériques accessibles à tous.

Pour cette édition le thème choisi fut : « L’utilisateur au cœur de l’accessibilité numérique ».

Les attentes des utilisateurs vis à vis de l’accessibilité numérique

Après un rapide discours d’ouverture de Claudie Haigneré (Présidente Universcience) et de Dominique Burger (Président de Braillenet – UPMC) la première session s’est déroulée sous la forme d’une table ronde.

Cette dernière était composée de différents membres et représentants d’associations comme l’Association des Paralysés de France (APF), le Conseil Français des personnes Handicapés (CFHE), l’Union Nationale pour l’Insertion Sociale des Déficients Auditifs (UNISDA), l’Union Nationale des Parents d’Enfants Inadaptés (UNAPEI) et BrailleNet.

Ce qui ressort de cette table de ronde c’est la diversité des situations de handicap. L’accessibilité numérique doit agir comme un véritable levier afin de masquer au mieux les barrières du handicap. C’est un enjeu d’insertion sociale et professionnelle. C’est un droit fondamental et le fait de ne pouvoir y accéder est tout simplement de la discrimination.

Les attentes des utilisateurs sont très fortes et pour paraphraser Vincent Aniort : « L’accessibilité est une nécessité pour certains, un bénéfice pour tous« .

L’accessibilité numérique : un droit fondamental

Philippe Chazal (Président CFPSAA) dresse un constat assez juste de la situation. Le numérique se développe partout et les personnes handicapées mais aussi les personnes âgés, ne peuvent pas s’intégrer socialement si elle n’ont pas accès à ce droit. Il existe certes la loi du 11 Février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, mais le résultat est plus que décevant.

Face à ce constat d’échec, comment faire respecter la loi ? C’est le rôle en France, du Défenseur des droits qui est une haute autorité indépendante de rang constitutionnel, nous explique Maryvonnes Lyazid. C’est à ce titre le garant des droits et des libertés. Il est possible de faire des réclamations sur le site du Défenseur des droits si par exemple on constate l’inaccessibilité d’un site public. À titre d’exemple, il y a quelques temps, au sein du Ministère de la Justice, il y a eu un changement de logiciel. Du jour au lendemain des personnes en situation de handicap se sont retrouvées dans l’impossibilité totale d’utiliser le logiciel et ont dû changer de poste. Le Défenseur des droits a été saisi sur ce dossier.

Les pouvoirs publics face à l’exigence citoyenne d’accessibilité

Dans cette session, Jacques Marzin, directeur de la Direction Interministérielle des Systèmes d’Information et de Communication (DISIC) nous dévoile le plan d’action interministériel pour l’accessibilité des services publics en ligne en France.

La DISIC est une petite structure de moins de 20 personnes, créée en Février 2011. Elle est responsable, entre autre, de 3 référentiels (interopérabilité, sécurité et accessibilité). Ce dernier référentiel lié à l’accessibilité est plus connu sous le nom de RGAA. Une des missions de la DISIC est de réunir ces 3 référentiels en un seul mais aussi de les maintenir à jour. Une nouvelle version du RGAA devrait d’ailleurs apparaître d’ici la fin de l’année, nous informe Jacques Marzin.

En partenariat avec le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP), la DISIC va mettre en oeuvre un nouveau label « SI accessible » qui permettra d’évaluer et de reconnaître le niveau de conformité des systèmes d’information par rapport au RGAA.

Ce que les sites Web publics nous disent de leur accessibilité Petite piqûre de rappel. Depuis la publication du décret n° 2009-546 du 14 mai 2009, les nouveaux sites Web des services de l’État et des collectivités doivent être accessibles aux personnes handicapées et conformes au RGAA. La date butoir pour être en conformité avec le décret est le 14 mai 2011.

BrailleNet a donc décidé de mener une étude avec l’aide des membres du Groupe de Travail AccessiWeb (GTA) afin de dresser un état des lieux quantitatif et objectif des administrations ayant suivi les recommandations du RGAA jusqu’à la phase d’attestation.

Je vous évite tout suspens, le résultat est assez alarmant. Sur un échantillon de 600 sites (mairies, ministères, conseils régionaux etc), seuls 106 mentionnent une déclaration ou une attestation. Il est important de distinguer les deux. Une déclaration est une simple phrase faisant mention de la conformité du site. Par contre une attestation répond aux exigences du RGAA telles que définies dans le guide d’accompagnement, avec par exemple l’obligation de renseigner la date de déclaration, le nom du déclarant et ses coordonnées etc.

La conclusion de cette étude c’est que, malheureusement, 3 ans après la date butoir de mise en conformité, le chantier reste conséquent. Des efforts sont fait et certains sites publics se démarquent par une très bonne accessibilité, mais ces cas restent pour le moment très isolés.

L’implication des utilisateurs dans l’amélioration des produits et services numériques

Christian Bastien (Université de Lorraine-Metz) entre rapidement dans le vif du sujet : l’expérience utilisateur est à la mode. C’est un vrai buzzword, les développeurs en font, les graphistes en font, les ergonomes en font, tout le monde en fait. Mais de quoi s’agit-il vraiment ? C’est avant tout le fait d’intégrer l’utilisateur dans le cycle de développement d’un produit ou d’un service. Les bénéficies sont nombreux, comme une productivité accrue, une augmentation des ventes et des revenus, une diminution des coûts de formation et de support, un temps et un coût de développement réduis et enfin et surtout une satisfaction utilisateur accrue.

Il existe de nombreuses méthodes pour évaluer l’expérience utilisateur, comme des modèles, des inspections, des tests utilisateurs ou encore des questionnaires.

Les laboratoires d’utilisabilité sont fiables mais très coûteux en temps et en argent. Par exemple pour un échantillon de 12 personnes, c’est environ 8 jours soit une fourchette entre 12 000 et 15 000€. Sans compter qu’il faut faire déplacer les utilisateurs sur place et que cela prend en moyenne 45mn par personne.

Christian Bastien nous présente alors son outil : Evalyzer. Il s’agit d’un processus de test à distance. Une fois que l’utilisateur est d’accord, il installe un plugin sur son ordinateur et il peut également activer son micro ou sa webcam. Il suffit ensuite d’analyser les vidéos en identifiant les points de blocage et de succès. Cet outil peut être une bonne alternative aux tests classiques.

Les usagers au cœur de la création de contenus accessibles

Présentation de Jaccede par Damien Birambeau, son président fondateur. Il s’agit d’un guide collaboratif qui recense et géolocalise par ville les lieux publics, commerces, cafés, cinémas etc accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Ce guide est né d’une envie de changement. Damien Birambeau explique très justement que pendant longtemps il s’est posé la question de savoir où il pouvait aller, sans se demander vraiment où il voulait aller.

Aujourd’hui environ 30 000 adresses sont présentes dans Jaccede. Toute personne peut saisir un nouveau lieu et participer ainsi à cette aventure. De plus Jaccede a monté un partenariat avec le site de renseignement 118000.fr dans l’objectif d’afficher une fiche Jaccede à chaque résultat de recherche. Pour cela Jaccede délivre son API. Il serait ainsi possible d’imaginer sur un site de réservation d’hôtel une mention Jaccede afin de s’assurer de l’accessibilité physique du lieu.

Conclusion

C’était un forum très instructif et avec des orateurs de qualité.

Par rapport à l’accessibilité de la conférence, il est à noter qu’il y avait une vélotypie en français ainsi qu’une autre en anglais. Il y avait également une traduction audio des orateurs. Par contre il n’y avait pas d’interprète en langue des signes.

Pour revenir au thème, plus que jamais l’utilisateur doit être au centre de nos préoccupations. Nous faisons des sites web pour des humains et il est primordial de se soucier de leurs besoins et de leurs attentes. L’accessibilité numérique est l’une des composantes essentielles de la satisfaction utilisateur et du succès d’un projet.

Vivement la 9ème édition !